96 mois dans la mémoire de Julien Mignot.

Le mardi 23 janvier 2018 dans Arts, Exposition, Photographie

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Le photographe présente 96 Months à la Galerie Intervalle, à Paris.

Julien me rejoint devant la galerie du XXe arrondissement qui expose son travail. Il descend de son scooter, un grand sourire, il fait beau, le ciel est bleu. Il a le regard doux et brillant de ceux qui regardent le monde et en saisissent la part la plus intime. Et quoi de plus intime que le souvenir?

Chaque mois pendant 96 mois (8 ans pour ceux du fond), le photographe a fait une sélection de sa production personnelle. Il y a chaque fois associé une playlist et un texte de sa confection, et c’est de ce travail pluridisciplinaire et complémentaire de longue haleine que l’exposition est née.

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La galerie qui l’accueille est lumineuse et permet de passer un moment avec les images accrochées dans différents formats et selon différentes techniques. On remarque très vite les photos qui ressemblent à des peintures, Julien m’explique qu’elles ont été développées selon le procédé Fresson. Le sous-sol est, lui, consacré à un manège de diapos qui défilent au bon vouloir du spectateur qui le déclenche. La projection est enveloppée dans la voix de Jeanne Balibar qui lit les textes de Julien Mignot. Il y a d’ailleurs deux Jeanne dans ce projet: l’actrice, et la musicienne, Jeanne Added, qui s’est occupée d’ordonner les morceaux que Julien avait associé à chaque photographie. Julien nous en dit plus sur cette collection de souvenirs. 

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Dans quel ordre ce projet a t’il été monté? Tu as décidé de commencer en 2009 ou c’est venu rétrospectivement?

Ce sont des images que j’ai réalisées entre les commandes pour les journaux (Libé, Le Monde, New York Times…). Elles n’ont pas moins d’importance, elles sont issues de ma pratique quotidienne, une manière de regarder le monde et de s’entraîner à le voir. Seulement, comme on ne me demande pas de les publier quelque part, elles restent dans les tiroirs. Je trouvais ça un peu chiant, alors je me suis obligé à faire une sélection de ces images-là, un texte et une playlist chaque mois. Ca m’a permis de créer un procédé de conservation de ces images.

J’ai pris cette décision en 2009, mois par mois, saison après saison. Et puis en 2016 j’ai réalisé que ça faisait huit ans, j’ai compris pourquoi j’avais commencé ce projet et pourquoi j’allais l’arrêter, des raisons personnelles. Le corpus était immense, un petit millier d’images et de morceaux et beaucoup, beaucoup, beaucoup de texte. En discutant avec la Galerie on s’est dit qu’il fallait en tirer une série, qui, selon moi, ne devait surtout pas être homogène. Il y avait des choses en couleurs, d’autres en noir et blanc, des paysages, des gens, des trucs intimes et thématiser ça aurait été la mort du petit cheval. Le pari c’était que, n’étant pas un photographe super connu, montrer mon travail perso aurait pu n’intéresser personne, d’où la structure qu’on a donné au projet: réduire le nombre de photo à une par mois sur les 96 mois que le projet a duré et y associer texte et musique.

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Les diapositives des 96 photographies

Comment as-tu choisi les photos présentées ici?

Il y avait des images vraiment incontournables, que j’avais vraiment envie de voir et de tirer sur papier. On est parti de ça et puis on a un peu étayé autour en allant chercher d’autres images qui pouvaient créer un lien et les faire marcher entre elles.

Il y a quelques chose de silencieux dans ces images, c’est quelque chose que tu as pris en compte pour construire l’expo?

L’idée c’était de donner à voir quelque chose sans forcément légender. Je veux que les gens se racontent leur propre histoire à partir des photos. Si on situe ou qu’on décrit une image ça biaise cet aspect-là. J’aime bien cette idée de lien avec le silence, mais je n’y avais jamais pensé! Je voulais créer une sorte de monde qui puisse faire penser à des souvenirs, et permettre aux projections de chacun d’exister.

Tu as sonorisé ton expo, chose peu courante quand il s’agit de photographie. Quel rapport entretiens-tu avec la musique?

La musique et la photo sont deux activités quotidiennes mais qui n’ont pas forcément de rapport entre elles. Je me suis rendu compte qu’il y avait des images comme des morceaux qui me suivaient depuis longtemps et que pour cette exposition la partie texte comme la musique faisait vraiment partie du corpus, elles sont assez indissociables et font toutes appel à la mémoire.

Comment sont advenues les rencontres avec Jeanne Balibar et Jeanne Added?

Jeanne Balibar est la première personne a qui j’ai pensé pour lire le texte. Dans un souci de distanciation et de perte de repère j’avais très envie que ce soit une femme qui le fasse. Je ne la connaissais pas très bien mais j’ai vu Barbara, j’ai adoré, je l’ai appelée pour lui proposer le projet et elle a dit oui!

Avec Jeanne Added c’est différent puisqu’on travaille ensemble sur son prochain album avec un projet singulier qui fait qu’on a appris à se connaître: on s’est vu cinq fois de suite en tirant au sort le lieu, l’heure, la date, et le temps qu’on passerait ensemble, alors à force, on a fini par devenir assez proches. Pour l’expo je lui ai envoyé toutes les playlists que j’avais constituées, entre trois et quatre cents morceaux en lui demandant d’en choisir 96, une pour chaque photo. Jeanne vient du Conservatoire et du free jazz, aujourd’hui elle fait plutôt de la pop, de l’électro, et son parcours collait bien à l’aspect éclectique de mes playlists.

La playlist complète est-elle trouvable quelque part?

Les 96 photos avec leurs morceaux associés sont sur mon site. La playlist complète est dispo sur Apple Music.

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L’expo a commencé en décembre et se poursuivra jusqu’au 28 février prochain à la Galerie Intervalle.

Agathe est sur Instagram @ag_rou

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