[ITW] Ôboem remplace la publicité par de l’art

Le jeudi 14 septembre 2017 dans Arts, Interview, Movies, Publicité, Street art

Nous nous sommes entretenus avec Oliver Moss, co-fondateur d’Ôboem, la start-up qui veut réintroduire l’art dans le paysage urbain.

Ôboem est né dans les têtes de Marie Toni et Oliver Moss, qui souhaitaient donner une dimension artistique à des objets commerciaux. Leur idée : utiliser le crowdfunding pour acheter de l’espace publicitaire urbain, et y afficher des œuvres d’art. Ainsi, les habitants des villes concernées se réapproprient les espaces qu’ils voient au quotidien, en choisissant ce qui y sera mis. Leur première campagne a d’ores et déjà été lancée à Bordeaux, leur ville d’origine : vous pouvez participer à ce beau projet sur leur site internet. Vous financez ainsi l’achat d’espace, et recevez également une reproduction de l’œuvre que vous choisissez de soutenir.

Vous pouvez présenter le projet ?

Ôboem est une plateforme de mécénat participatif qui affiche des œuvres d’art sur des emplacements publicitaires urbains grâce à la vente de reproductions. Ôboem, c’est le moyen de reprendre le contrôle sur notre environnement visuel et surtout de propager l’art au cœur de nos villes. On a constaté que pour des raisons culturelles, les portes des galeries restent difficiles à franchir pour beaucoup de français et que l’accès à l’art est trop confidentiel. En même temps les citadins sont inondés de messages publicitaires à longueur de journée. On s’est dit « Et si on remplaçait la pub par l’art ? »

Ôboem veut mettre notre temps de cerveau disponible au service de la créativité et donner la possibilité à tout le monde de contribuer. On travaille en collaboration avec des artistes émergents talentueux qui partagent notre philosophie et ont envie de toucher un public plus large. Si une des œuvres présentées sur oboem.com vous plaît, vous pouvez acheter une reproduction de 10 à 100 euros. Plus de 50% des recettes des ventes sont dédiés à l’achat des espaces publicitaires. Nos utilisateurs participent activement à diffuser l’art en ville, tout en se faisant plaisir. C’est une consommation d’art solidaire qui profite à tout le monde.

Comment vous est venue l’idée ?

Une graine a été plantée en 2009 quand j’ai vu une campagne d’affichage d’un groupe d’athés à Londres, ils ont financé leur campagne grâce au crowdfunding et ont placardé la phrase « Dieu n’existe sûrement pas, alors arrêtez de vous faire du souci et vivez votre vie » sur des centaines de bus impériaux à Londres. En dehors de l’aspect religieux, j’ai adoré le fait que des citoyens lambdas se soient appropriés ce média pour dire ce qu’ils pensaient.

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Atheist Bus Campaign © Dan Etherington

Des années plus tard, en 2016, lors d’un voyage en Amérique Latine avec Marie Toni (la co-fondatrice d’Ôboem) nous avons découvert la ville de Valparaiso au Chili, une ville très colorée et ornée de grandes fresques d’artistes de tous les horizons. Nous avons vraiment trouvé que l’art public donnait une autre dimension à la ville, plus poétique, humaine et nous avons voulu reproduire ça en France. L’idée d’Ôboem était née.

Pourquoi vous pensez qu’il y a un ras-le-bol de la pub ? Pourquoi vous, vous en avez marre ?

Je pense que les temps changent et que les gens n’ont plus envie qu’on leur dise comment il faut se comporter, à quoi il faut aspirer et à quel moment il faut partir en vacances en Grèce. Ce sentiment est exacerbé dans les grandes villes, où les couloirs de métro se transforment en tunnels de conversion. Tous ces messages et la multiplication des supports façonnent la société et les désirs individuels deviennent de faux désirs partagés. Je pense que cela nuit à l’originalité et façonne ce que l’on pourrait appeler la pensée unique.

Ce sentiment n’est pas partagé par tout le monde bien sûr, mais on voit bien depuis quelques années une remise en question de la société telle qu’elle nous est présentée dans le monde occidental. Des pans entiers de l’économie sont en pleine mutation, et les choix des consommateurs forcent les industries à s’adapter. Dans notre système économique, acheter un produit est un vote en quelque sorte, et seuls les grands groupes peuvent se payer des campagnes publicitaires à plusieurs millions d’euros pour s’assurer que les consommateurs mettent le bon bulletin dans l’urne, avant le passage en caisse. Mais les temps changent…

Nous ne remettons pas en cause la publicité en tant que telle, mais plutôt les techniques utilisées.

Pour vous, est-ce que la belle pub ça existe ?

Bien sûr ! Si on parle d’esthétisme, l’art et l’industrie publicitaire flirtent depuis les années cinquante. Le pop art aurait-il existé sans le dynamisme et la créativité des publicitaires des années 50-60 ? Dans l’autre sens, la campagne colorée et iconique de l’iPod aurait sans doute ressemblé à autre chose sans l’influence d’Andy Warhol. Les agences publicitaires, financées par les annonceurs, sont capables de travailler avec des artistes de talent et les créas sont parfois sublimes. Il y a plusieurs siècles, avant que les entreprises aient le pouvoir, l’église catholique le détenait ; vous avez vu le plafond de la Chapelle Sixtine ?

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© Thomas Lamadieu

Nous ne remettons pas en cause la publicité en tant que telle, mais plutôt les techniques utilisées : l’objectification des femmes, la glorification de la superficialité et de la vanité, le paraître avant l’être… Si quelqu’un invente un bon produit ou un bon service il doit pouvoir en faire la promotion. Un bon produit pour moi c’est un produit durable, éthique, qui contribue de façon positive à l’économie et à la société. Oui la pub peut être belle et drôle, j’ai été biberonné par culture pub, mais il faut voir la finalité de ces pubs et l’impact global de ces produits de grande consommation.

Comment sélectionnez-vous les œuvres présentées ?

A terme, nous souhaitons mettre en place un réseau de partenaires curateurs, de créatifs et de dénicheurs de pépites pour trouver les futurs artistes de nos campagnes. A l’heure actuelle, c’est Marie et moi qui sélectionnons les œuvres en fouillant le web, grâce aux recommandations d’autres artistes, en sillonnant les galeries ou grâce aux candidatures spontanées sur le site (on en reçoit une dizaine par jour). Nous travaillons principalement avec des artistes émergents, côtés ou pas.

D’où vient le nom Ôboem ?

C’est un clin d’œil au mouvement bohème du XIXème siècle, une rupture avec la bourgeoisie et la recherche d’un idéal artistique. Nombre d’artistes bohèmes vivaient uniquement grâce à leurs mécènes. Le « Ô », c’est une incantation poétique.

Vous avez lancé votre première campagne fin juin, comment se déroule-t-elle ?

Plus de 120 mécènes ont déjà contribué ! Sachant que nous n’avons pas investi en budget marketing et que nous étions totalement méconnus il y a deux mois, c’est très encourageant. Nous sommes également en négociation avec la Mairie de Bordeaux pour disposer de plus de panneaux d’affichage pour notre première campagne. Tous les signaux sont au vert, nous cherchons à présent un investisseur pour pouvoir développer notre activité partout en France et offrir plus de services.

© Victoria Stagni

© Victoria Stagni

L’artiste que vous rêveriez de voir placardé sur les murs de Bordeaux ? Pourquoi ?

Même si ses œuvres ont été surexploitées commercialement après sa mort, Keith Haring a été l’un des premiers artistes à utiliser les panneaux publicitaires comme support pour ses œuvres éphémères, dans le métro New-Yorkais. C’était un artiste engagé, moderne et son œuvre est ultra compréhensible. Pas besoin d’avoir étudié l’histoire de l’art pendant 5 ans pour comprendre la simplicité de son génie. Ce serait un bel hommage !

Nous ne manquons pas d’idée, ni d’énergie !

Pensez-vous qu’une telle initiative citoyenne peut s’envisager à une échelle plus importante, européenne ou même mondiale ?

C’est notre ambition en tout cas ! S’il y a des artistes et des panneaux publicitaires, il y a un marché pour Ôboem. Il faudra peut-être ajuster notre modèle, comme toute les start-ups, mais notre but est de répandre l’art et la créativité dans la rue comme un virus.

Comment envisagez-vous le futur d’Ôboem ?

Nous travaillons actuellement sur un système de galerie participative en ligne qui permettra aux artistes de gagner plus d’argent, mais c’est un peu trop tôt pour en parler maintenant. Nous proposons également un service pour les entreprises qui souhaitent sponsoriser des artistes et promouvoir l’art pour tous. Nous ne manquons pas d’idée, ni d’énergie !

La première campagne d’Ôboem pour la ville de Bordeaux est en ligne jusqu’au 30 septembre. Vous pouvez participer ici. Plus d’informations sur le projet sur leur site internet et leur page Facebook.

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