[ITW] Rencontre avec Emmanuel Adjei, le réalisateur qui monte

Le mercredi 06 septembre 2017 dans Movies, Publicité

Capture d’écran 2017-09-06 à 14.11.05

Emmanuel Adjei, le réalisateur derrière la pub « Who Will Be Next » d’Hugo Boss, nous a confié ses projets, influences et collaborations.

Salut Emmanuel, tu peux te présenter ?

Je m’appelle Emmanuel Adjei, je suis réalisateur et artiste visuel. Je suis originaire d’Amsterdam, j’ai fait une école d’art à Utrecht (où j’habite encore) et une école de cinéma en Belgique. Mais en tant que réalisateur je bouge beaucoup [rires].

Quelles-sont tes influences ? Tu te concentres beaucoup sur le regard des personnages, est-ce que tu peux nous en dire plus ?

J’ai commencé par réaliser beaucoup d’autoportraits lorsque j’étais en école d’art. Pour moi je devais me positionner en tant qu’artiste noir au sein d’une société occidentale. Le regard extérieur était pour moi quelque chose d’intriguant, car il est aussi question de mon regard sur la vie et de celui d’autrui sur ma personne. Je pense le monde que nous voyons et le monde que nous pensons voir sont connectés. Notre imagination est basée sur nos expériences. Les yeux sont des portails vers deux royaumes différents que sont d’un côté le royaume du concret et de l’autre celui basé sur les émotions, le spirituel. En tant qu’artiste, je pense que je cherche une certaine forme de sincérité, même si je ne l’ai pas encore trouvée dans son état brut.

Quel cinéaste apprécies-tu particulièrement ?

J’ai travaillé avec quelques cinéastes que j’aime beaucoup, mais Paul Ozgur est celui que j’adore. J’ai commencé à travailler avec lui sur quelques projets, et nous avons découvert que nous avions les mêmes intérêts et une façon de travailler assez similaire. Il se met vraiment dans la peau des personnages, il essaie de regarder à travers leurs yeux.

Je recherche une certaine forme de sincérité.

Comment entretiens-tu ta créativité quand tu travailles avec une marque ?

J’écoute beaucoup ce que dit le client, dans un premier temps, il est toujours bon de savoir pourquoi ils veulent travailler avec toi [rires]. Comme ça, tu connais leurs motivations. J’essaie toujours d’être ouvert à quand j’accepte une collaboration. Être réalisateur, c’est avant tout collaborer. Que ce soit pour un client, un artiste, un musicien… Ca n’a pas d’importance pour moi du moment que nous partageons la même vision. Je suis assez chanceux pour l’instant car aucun client ne s’est plaint de mes [rires]. J’ai toujours travaillé sur de bons projets collaboratifs ou les personnes impliquées comprenaient où je voulais aller. C’est vraiment un travail d’équipe ! Je ne suis pas quelqu’un qui travaille seul [rires].

Quelle est ta dernière publicité qui t’a réellement marquée ?

J’ai fait cette pub pour Hugo Boss, pour le Spring Travel Pack. L’aspect intéressant de ce projet c’est que même s’il y avait un script, l’équipe m’a fait confiance et m’a donné une certaine liberté pour mettre en scène l’histoire, ce qui était assez audacieux de leur part. Ils sont arrivés avec l’idée du voyage, et j’ai essayé de mettre l’accent sur le rêve. Ce film parle un peu de la « fast-life » que nous vivons.

Etre réalisateur c’est avant tout collaborer

Comment décrirais-tu ton univers ?

Ça vient de mes expériences, de celles qui m’ont submergées, elles ont un coté quasi sacrées, c’est assez spirituel. C’est un peu comme une expérience de mort imminente, c’est terrifiant mais aussi en même temps sacré. Ce n’est pas pour être dark mais plutôt de montrer le coté assez sombre des êtres humains.

Tes influences artistiques ?

J’aime beaucoup les peintres comme Rothko ou Mickael Coleman, un de mes préférés. Ce sont des artistes issus de la culture occidentale. Ce que j’aime chez eux, c’est qu’ils essaient de faire ressentir certaines émotions. Dans beaucoup de leurs travaux il y a ce royaume sans frontières, c’est en quelque sorte les limbes, des éléments dans lesquels on ne peut pas distinguer la réalité de la fiction.

En ce qui concerne les réalisateurs, Tarkovski a été une grande inspiration pour moi. Il se rapproche de la peinture avec un cadre, des émotions, avec une spiritualité et une mise en scène unique. Ils ont tous un coté dark en fait, mais pour moi il est plus question de poésie.

Tu as travaillé avec Sevdaliza, comment ça s’est passé ?

Je l’ai découverte grâce à un de ses morceaux juste avant qu’elle n’explose. Quand je l’ai entendue pour la première fois je me suis dit « Mais qui est cet artiste ?» La première chose que j’ai regardé, c’est si elle jouait un concert pas loin de chez moi, il se trouvait qu’elle jouait le lendemain. J’y suis allé sans hésité et je lui ai envoyé mes travaux par mail.

Quand nous avons commencé à nous rencontrer, on a découvert que nous partagions les mêmes intérêts, on était comme connectés. Après quelques échanges, nous avons tout de suite su que nous allions travailler ensemble. Nous avons commencé à collaborer avec l’aide de ma copine qui est écrivaine.

Notre premier projet, « The Formula », est un court-métrage avec une bande originale de 3 chansons, mais nous l’avons plutôt présenté comme un clip. En ce moment, nous travaillons sur une nouvelle installation audiovisuelle : ce sera un mélange entre un contenu en ligne et une véritable installation artistique. On est toujours à la recherche de nouvelles manières de raconter nos histoires.

 

On est toujours à la recherche de nouvelles manière pour raconter nos histoires.

Quelle serait ta définition de la pop culture ?

C’est une bonne question [rires]. Je fais évidement partie de la pop culture, tous les artistes qui utilisent les réseaux d’une façon ou d’une autre en font partie. Une fois qu’un contenu arrive sur internet tu n’as plus aucun contrôle donc ça devient de la pop culture, ça influence d’autres personnes.

Je n’essaie pas de faire quelque chose de pop, je sais que mes projets ne sont pas vraiment accessibles à tous mais ça me va [rires]. En ce moment, toutes les cultures se mélangent pour former une « culture hybride ». Je trouve qu’actuellement les gens sont de plus en plus ouverts aux nouvelles formes de créativités, il y a toujours un public peu importe les formes d’arts.

Vous pouvez retrouver l’ensemble de ses travaux ici

Instagram

Follow Us