[ITW] Peter Peter, la variété maudite

Le lundi 28 août 2017 dans Interview, Music

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A la suite de son set sur la Scène du Bosquet de Rock en Seine, nous avons interviewé Peter Peter. De son dernier album « Eden Noir » en passant par ses influences et ses clips vidéos, entretien sans filtre avec l’artiste québécois.

Comment s’est passé ton concert ?

Pour moi c’était cool [rires] ! J’ai dormi une heure cette nuit, je fais des insomnies… Mais c’était vraiment parfait. Quand tu es avec un groupe Anglo-Saxon et que tu joues en live, il y a toujours un stress particulier. Au final, je sentais que mon public était là, c’est cool, surtout en festival. Je suis content parce que le show envoie. Vraiment, je suis trop content  ! C’est la date que j’ai surement le plus kiffé cet été.

Tu as fait une grosse tournée avant ?

On a bien enchainé, là on ralentit. J’ai quelques shows à venir au Québec, puis j’enchaîne rapidement avec un autre album. C’est ce que j’ai envie de faire dans ma vie, enchaîner des albums pendant ma trentaine. On a beaucoup joué, ce qui a permis au groupe de se solidifier de plus en plus, et là franchement c’était cool !

Je compose seul, je suis assez solitaire même avec le groupe je suis toujours à part.

Tu composes ta musique avec le groupe ou tout seul ?

Non, en fait je ne connaissais pas les membres du groupe avant. Je ne voulais pas jouer avec des amis donc j’ai fait un casting, j’ai rencontré des gens et ça a été magique ! J’adore ces membres, c’est franchement le meilleur groupe avec lequel j’ai joué, en France du moins. Mais je compose seul. Je suis assez solitaire, même avec le groupe je suis toujours à part.

Tu t’inspires de quoi quand tu composes ?

A priori de rien, du chaos plus que de situations. Quand je trouve quelque chose d’intéressant, je ne cherche pas forcément à en faire une chanson, c’est en général les émotions qui finissent par prendre le dessus. Au début, je fais de l’écriture un peu automatique : je fais du yaourt à la guitare ou au clavier, je dis n’importe quoi et il y a des mots qui apparaissent. Ca pourrait juste être incohérent mais finalement ça a toujours un sens. J’écris les yeux fermés, je suis pas le mec qui contemple, qui regarde, ça se passe très introspectivement.

Ça t’a pris du temps de composer « Noir Eden » ?

J’ai passé 5 ans sans faire d’album, donc j’avais perdu l’habitude d’écrire régulièrement comme je le faisais avant. Entre le premier album qui n’est jamais sorti en France et « Une version amélioré de la tristesse », il y a eu au moins un an pendant lequel j’écrivais tout le temps. Quand je suis arrivé en France, je me suis focus sur la promo de l’album. Quand je m’y suis remis, je travaillais de 9h a 17h comme n’importe quel taff, et j’écrivais.

Pourquoi est-ce que tu écris en Français ?

Parce que je parle en Français. Ce que je pense se traduit mieux dans une langue avec laquelle je suis plus à l’aise, tout simplement. J’aurais trop l’impression de jouer un personnage. J’ai essayé quand j’étais plus jeune avec un groupe de metal, et j’avais l’impression d’être un usurpateur quand j’arrivais devant un public anglophone. Pour moi c’est comme jouer un personnage, or mon projet n’est pas une mascarade. Avec cet album, j’ai essayé deux trois trucs, jouer avec l’idée que je pouvais être une icône pop. Mais en réalité je n’en ai pas envie, je préfère m’afficher comme je suis tout simplement …

Je pense que je fais de la « variété maudite ».

Mais du coup, tu ne définirais pas ta musique comme pop ?

C’est de la pop quand même parce que j’ai ça en moi. A chaque fois que j’écrivais quelque chose comme « Nosferatu » ou « Loving Game » je me disais « est-ce que c’est vraiment ça que je veux faire ? »,  et tout de suite après j’écrivais quelque chose d’hyper Dark. Je pense que je fais de la « variété maudite », et que je suis toujours le mec qui est prêt à se saboter quand il va écrire une chanson un peu FM. Oui, je fais de la variété maudite.

Et tu t’inspires de quoi musicalement pour faire ça ?

Plus de chansons anglo-saxonnes que françaises. Je ne sais pas vraiment pourquoi… Mis à part « Paradis Blanc » de Michel Berger qui m’a influencé quand j’écrivais Noir Eden. J’ai  trouvé que c’était une des plus grandes chansons, l’une des plus touchantes. C’est la seule chanson française avec laquelle j’ai flirté pendant « Noir Eden ».

Sinon c’est plutôt Anglo-Saxon ?

Ouais ça passe du rock au shoegaze au doom Métal des années 90s, à l’électronique aussi. Je me suis intéressé à l’électro assez tard dans ma vie, mais une fois que quelque chose m’intéresse… J’ai acheté plein de machines ces dernières années. Je m’inspire un peu de tout ce qui me passionne, si je kiffe quelque chose je le fais. Je ne cherche pas trop à faire référence à tous les albums que j’ai écoutés. De toute façon, je suis trop désorganisé pour faire ça [rires].

Tu disais que tu avais acheté plein de machines, tu peux nous en dire plus ?

Je suis assez old school en fait. J’ai 33 ans et j’ai appris l’électronique tard, donc l’ordinateur ça m’excite pas beaucoup. J’ai commencé avec une MPC 1000, qui est un sampler classique du hip hop des années 90. Après, j’ai acheté des trucs un peu plus sophistiqués style Electron, des vieux claviers, des claviers plus récents… J’ai un séquenceur MIDI qui n’est pas un ordinateur, et il ne m’a servi presque que de magnétophone pendant l’enregistrement de l’album.

Mon claviériste qui a 23 ans, je pense qu’il a jamais payé un logiciel de sa vie, il a tout sur son ordinateur. Il fait de meilleures productions que moi, moi je suis un peu dépassé par ça … Quand j’arrive sur un ordinateur je me sens un peu comme une grand-mère [rires]. J’avais lu une interview de Metronomy, et le mec avait justement dit qu’il faisait partie de la dernière génération d’artistes capable de faire de la musique avec un ordinateur. C’est vrai en fait.

Il y a plein de jeunes qui achètent des vieux synthés, justement parce qu’ils savent que ça une chaleur particulière et ça permet de manipuler la musique.

Oui, les synthés proposent une ergonomie plus chaleureuse, j’ai l’impression que tu es plus en relation avec la musique. Mais quand tu vois quelqu’un de vraiment calé en ordinateur, tu te rends compte qu’il maîtrise autant sinon plus le son que toi avec tes vrais synthés. Je pense qu’il y aura toujours des gens qui liront avec des Kindles et d’autres avec de vrais livres…

Tu dis que tu fonctionnes par phase, en ce moment c’est quoi ? L’électro ?

En ce moment dans ma vie, il y a 2 albums qui se battent et que je n’ai pas envie de fusionner en un seul. Il y un album hyper électronique, limite DJ, et un qui serait un peu plus comme le premier album, un peu à la Eliott Smith mais en moins sophistiqué. Ces 2 trucs m’intéressent, mais je cherche à les séparer.

J’ai mélangé les styles avec les deux premiers albums, surtout avec Noir Eden. Je suis allé au bout des albums un peu hybrides, j’ai envie de me concentrer sur un album plus acoustique, plus organique, quelque chose d’hyper froid, j’ai pas envie de raconter une histoire hybride.

Au niveau des clips et de l’image, avec qui tu travailles ?

Beaucoup de gens différents, je déteste faire des clips… J’aime quand c’est un pote qui me filme et qu’on boit des bières. J’aime pas tout le coté séance photo et clip. Il y en a qui se passent bien, d’autres vraiment mal, il y en a que je déteste et d’autre que je trouve vraiment cools !

Loving Game, c’était ton idée ?

La tournée est terminée donc je peux le dire, ça s’est pas passé comme je le voulais parce qu’il manquait du budget. Mes bons clips c’est « Beauté Baroque », « Tergiverse ». Après c’est souvent question de fric, d’organisation et de délais. « Bien Réel » est du même réalisateur et je l’adore. Sur Loving Game on s’est pas rencontrés mais on l’a sorti quand même. C’est la première fois que j’ai accepté de ne pas avoir le contrôle dessus. Mais voilà… Cette image pop, me mettre en avant, là ça me saoule un peu.

Quelle est ta définition de la pop culture ?

Je pense que c’est quelque chose facile à l’écoute. Ce n’est pas péjoratif, une maîtrise de la pop c’est très important. Les morceaux les plus Pop sont pas forcément les morceaux les plus adaptés à la radio. Peu importe ce que je veux faire, je ne serai jamais le gars qui sonne comme Sonic Youth, j’aurai toujours un coté Pop. C’est le côté radio qui me fait plus peur. Il y a des gens qui sont incapable de dissocier le fait que tu puisses faire une bonne chanson Pop en faire un single sans que ça passe sur une radio.

Cette image pop, me mettre en avant, là ça me saoule un peu.

Je pense qu’il y a une question de longévité là-dedans, les bonnes chansons comme les bons albums ont réussi à démasquer celles et ceux qui sont commerciaux.  Après il n’y a pas de loi, tu peux faire un album pop qui ne fonctionnera pas, tu peux en faire un dark qui passera à la radio. Pour moi une chanson de 7-8 minutes peut être pop, Dance Yourself Clean de LCD Soundsystem c’est une chanson pop, c’est juste pas forcément le truc que ma mère connaît [rires].

Noir Eden est disponible sur toutes les plateformes. Pour plus d’infos sur Peter Peter, rendez-vous sur son site officiel !

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