[ITW] Ty Segall : politique, musique, échalotes frites

Le jeudi 24 août 2017 dans Interview, Music

FullSizeRender

A l’occasion de son passage à Rock en Seine ce dimanche, nous nous sommes entretenus avec Ty Segall, figure emblématique du rock-garage.

L’artiste californien était déjà présent à Rock en Seine en 2015 avec Fuzz, l’un de ses nombreux side-projects. Il revient cette année pour défendre son album éponyme (les billets sont disponible ici) sorti en janvier, ainsi que Fried Shallots, son nouvel LP caritatif.

Qu’est-ce que tu penses du public français ?

J’adore jouer devant le public français, on passe toujours de bons moments… Quand on tourne en Europe, on joue régulièrement en France. J’ai l’impression que le rock’n’roll reste très présent ici, et que le public l’apprécie particulièrement.

Tu vas sortir un LP de 6 chansons « Fried Shallots », tu peux nous en dire plus ?

C’est un album caritatif donc toutes nos recettes, après avoir assumé les coûts de fabrication, seront reversées à l’ACLU (Union Américaine pour les Libertés Civiles). Pour l’instant, il n’est sorti que sous format digital donc nous n’avons pas de coûts de production. Mais nous avons aussi pressé des vinyles.

Pourquoi ce choix ?

Cela a toujours été important pour moi. Selon moi, tout le monde devrait avoir ce genre d’initiative, et cela le plus souvent possible. Je ressens le besoin de mener des actions qu’elles soient petites ou grandes, surtout en ce moment aux États-Unis. Et je crois que la plupart de mes amis artistes sont aussi de cet avis. Ca a été une chose assez facile à réaliser car tout le monde était partant pour le faire, y compris mon label (Drag City) . L’album est appelé « Fried Shallots » car c’est un regroupement très aléatoire de chansons. Pour moi « Shallots »( les échalotes) c’est un peu la base d’un repas, peu importe ce que tu mets avec, tu auras toujours le gout de l’échalotes même s’il y a d’autres aliments. Mon album, c’est comme une base d’échalotes frites  sur lequel on a rajouté plein de choses différentes (rires).J’ai juste senti que j’avais besoin de faire quelque chose qui pourrait rapporter un peu plus d’argent pour la bonne cause que des trucs traditionnels comme une vente au enchères.

Je ressens le besoin de mener des actions qu’elles soient petites ou grandes, surtout en ce moment aux États-Unis.

Es-tu particulièrement inquiet vis-à-vis de la situation politique aux US ?

Oui, mais je pense que tout le monde l’est non ? En tout cas pour moi tout le monde devrait l’être [rires]. En ce qui concerne les récents événements, je pense que la différence entre le bon et le mauvais est évidente. Le contexte actuel est forcément bizarre pour moi, car en contradiction avec les valeurs américaines transmises par mon éducation. Pour moi, les fondements des États-Unis sont la liberté, la tolérance, le droit d’être qui tu veux. Même si historiquement les Américains ont fait des conneries, j’ai envie de croire qu’il reste du bon.

On sait que tu as une opinion bien tranchée sur le modèle du streaming ?

Le seul reproche que je fais à ce modèle est que de nombreuses plateformes ne paient pas les artistes convenablement. Il y a beaucoup d’argent en jeu, et il n’y a presque rien qui est vraiment reversé aux musiciens. On se demande où va tout cet argent… Je veux que les gens puissent écouter de la musique, je préférerais même la donner gratuitement… Si les contenus se retrouvent en intégralité sur YouTube, c’est super ! Les gens peuvent écouter la plupart de mes albums en intégralité sur YouTube et ça me va. J’écoute tout le temps de la musique sur YouTube.

Le 27 janvier, tu as sorti un album éponyme chez Dragcity, produit par Steve Albini, qui a notamment travaillé avec PJ Harvey, les Pixies et Nirvana. Tu peux nous en dire plus sur cette collaboration et sur le titre de l’album ?

D’habitude, mes albums ont un thème, ou à l’inverse pas de thème du tout, comme Fried Shallots qui est assez aléatoire. Le thème pour Ty Segall était celui des chansons : j’ai essayé d’y regrouper les meilleures chansons que j’avais écrites à cette période. C’est comme Emotional Mugger, où il y a beaucoup de thèmes différents, de sons et d’idées derrière un concept précis. Tous mes albums avaient des thèmes différents. Mais en faisant cet album éponyme, il n’y avait pas de son ou de processus de création précis ; je voulais uniquement que tout le groupe puisse le jouer en live. C’était ça le concept : faire un album avec un groupe de musiciens pour pouvoir assurer une performance live.

Pour ça, qui de mieux que Steve Albini ? Le maître, le magicien… On est tous de grands fans, et je l’avais déjà rencontré auparavant. C’est une personne formidable, ça a tout de suite collé. Une fois l’album terminé, je ne savais pas vraiment comment l’appeler. C’était différent, j’étais accompagné par un groupe de musicien. Ça faisait presque 10 ans que je m’étais investis sérieusement dans la musique, mais là c’était une situation particulière. Il m’a donc paru logique de faire un nouvel album éponyme, parce qu’il n’y avait pas vraiment de titre qui me venait. C’était plus facile !

Y a-t-il un artiste encore peu connu dont tu aimerais nous parler ?

Tous mes amis [rires]. Il y a ce groupe qui s’appelle The Cairo Gang, ils sont fantastiques, c’est vraiment de bon paroliers… CFM aussi. Mon ami Mike Donovan a un groupe qui s’appelle Sic Alps, et aussi un nouveau groupe nommé Peacers. Leur dernier album, Introducing the Crimsmen, était vraiment cool.

Quel type de musique t’inspire dans ton processus d’écriture ? 

C’est une sacré question, puisque ça change tout le temps [rires]. J’ai un sous-sol entier rempli de disques ; tout ce que fais, c’est acheter des albums, aller à la plage, les écouter pendant que je peins… C’est un processus en constante mutation. Le dernier album qui m’a obsédé c’était Fire and Ice de Demis Roussos. Il y aussi pas mal de groupes de funk, Funkedelic revient très souvent dans ma playlist. C’est assez dur de répondre à cette question [rires].

On a l’impression que tu n’arrives jamais à rester sans rien faire… Tu peux nous dire quand c’était tes dernières vacances ?

Je voyage tellement que mes vraies vacances c’est quand je peux rester chez moi. Quand je suis à la maison, je prends vraiment le temps de vivre et de profiter… Je vais à la plage assez souvent, je surfe… Mais je travaille toujours un peu, je ne peux pas rester sans rien faire. Je crois que prochainement on va aller à Hawaï pour surfer [rires] !

La première chanson de ton dernier album s’appelle Break a Guitar. Quelle guitare tu aimerais le plus casser ? Et celle que tu n’oserais casser pour rien au monde ?

[Rires] J’aimerais casser l’un de ces Jackson 80’s Heavy Metal. En revanche, je ne casserai jamais une Les Paul 50’s, ça serait un sacrilège !

Une dernière question : Live ou Studio ?

Ce sont deux expériences complètement différentes. Elles ne sont même pas comparables parce qu’en studio tu dois créer, tu fais plein de choses en même temps ; ton cerveau travaille d’une façon complètement différente. En live, c’est plus cathartique, physique… J’aime les deux jusqu’un à un certain seuil : il faut trouver le juste équilibre [rires].

Vous pouvez retrouver l’intégralité des albums de Ty Segall sur le site de Drag City ou sur Bandcamp.

Instagram

Follow Us