[ITW] Le festival La Route du Rock, irréductible Breton

Le jeudi 20 juillet 2017 dans Interview, Music

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Le mythique festival indépendant La Route du Rock prendra place pour sa 27ème édition, le week-end du 17 au 20 août à Saint-Malo. Rencontre avec Alban Coutoux, programmateur, et François Floret, directeur du festival.

Les éditions précédentes ont été parfois compliquées… Comment vous vous sentez à l’approche du festival ?

Alban : L’histoire de la Route du Rock est faite de rebondissements, de hauts et de bas, d’espoirs et de déceptions, il y a plein de sentiments. On espère toujours que la prochaine édition sera la plus belle et la plus réussie donc on est forcément toujours un peu dans l’attente de la réalisation. Mais à la fois il y a encore beaucoup de travail de préparation. Donc un mélange d’impatience et d’ambiance studieuse.

François : On a appris avec le temps à ne pas être catastrophistes quand ça va mal et à ne pas s’enflammer quand ça va bien, comme c’est le cas cette année. On est conscients de nos forces comme de nos faiblesses, on sait se remettre en cause. On a perdu un petit peu d’aura l’année dernière, donc l’idée est de revenir à quelque chose de plus glorieux cette année, de perdurer.

Comment vous décririez l’esprit du festival ? Est-ce que cette année sera différente des autres éditions ?

Alban : Non, on reste ce qui fait notre marque de fabrique, c’est-à-dire la défense des musiques indépendantes au sens large. La formule a mis du temps à s’affiner mais maintenant elle est plutôt pas mal.

François : Le plus dur c’est de rester fidèle à l’essence même du festival, tout en étant actuel et à l’écoute dans tout ce qu’il y a de nouveau pour ne pas se scléroser. On veut garder un festival moderne tout en conservant ce qui fait l’ADN du festival, c’est-à-dire d’abord la lignée artistique qui est de la pure musique indé. L’indé est devenu rentable, mais c’est quelque chose qu’on défendait tout seul il y a 27 ans ; nous, on a fait Radiohead en 1993, devant 90 personnes. Il y a beaucoup d’opportunistes, ce que nous on ne peut pas nous reprocher, ce qui fait la différence essentielle.

Justement, c’est pas trop difficile de rester vraiment indé au milieu de tous ces gros festivals ?

François : Ben non, c’est d’autant plus facile justement ! Eux vont aller chercher ce qui est « bankable » ; nous on a aussi forcément besoin de têtes d’affiche, mais ce qui nous existe avant tout ce sont les choses qui sont plus dérangeantes.

Alban : Et qu’on ne voit pas partout, c’est ce qui fait notre différence aussi.

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C’est quoi l’artiste indé dont vous êtes les plus fiers cette année ?

Alban : Il y a Idles que j’ai vraiment envie de découvrir car je ne les ai jamais vus sur scène. C’est un groupe de Bristol post-punk avec des morceaux formidables, très soniques mais avec une qualité d’écriture vraiment importante. Des groupes qui font beaucoup de bruit il y en a pas mal, mais d’avoir les morceaux qui vont avec c’est un peu plus rare.

Et dans les plus grosses têtes d’affiche ?

Alban : Si on prend les trois têtes d’affiche par jour, évidemment il y a l’icône PJ Harvey qu’on suit depuis ses débuts et qu’on a déjà eu le plaisir d’accueillir en 1998. Elle nous semble toujours intéressante artistiquement car elle cherche toujours des choses nouvelles, elle n’est jamais dans la répétition. Le samedi, il y a les papes du shoegazing The Jesus & Mary Chain qui ont inventé ce son de guitare très sale avec des mélodies pop derrière. Ce qui est intéressant, c’est que ce groupe là fait écho à plein de jeunes groupes aujourd’hui ; par exemple, on accueille Froth cette année, et je suis sûr que The Jesus & Mary Chain fait partie de leurs influences. Le dimanche il y a Interpol, qui avait fait une de ses premières dates françaises chez nous en 2001. Cette année, c’est les 15 ans de cet album magnifique qu’est Turn On the Bright Lights, et ils ont décidé de faire une petite tournée anniversaire en Europe, donc on est très honorés qu’ils nous aient proposé.

Pourquoi vous avez mis de l’électro dans un festival qui s’appelle quand même La Route du Rock ?

François : On a un gros problème avec le nom de ce festival… On en parle souvent en interview, c’est un mauvais jeu de mots qu’on a du trouver très vite parce que la mairie de Saint-Malo, qui était en charge de la communication, nous l’a demandé. Mais moi je ne l’aime pas trop parce qu’il est super réducteur ; le rock est marqué « guitare », ça nous enferme et c’est dommage. Ceux qui ne connaissent pas le festival peuvent ne pas être curieux alors que la musique électronique est quelque chose qu’on a vécu comme tout le monde et qu’on a programmé dès 1999.

Alban : En plus, le mélange électronique-rock ne date pas d’aujourd’hui, il y avait New Order et l’explosion Acid House des années 80. Ça fait partie de notre culture aussi, on a vécu l’explosion de la rave et de la techno. En 2000 on avait Laurent Garnier, Death in Vegas, Primal Scream… On n’est pas un festival estampillé électro mais on construit les soirées en crescendo et en général ça se termine par de l’électronique.

François : On veut vraiment une progression, ne pas enchaîner n’importe comment les groupes, donc l’électronique c’est souvent en fin de soirée parce que les gens veulent se lâcher un peu et danser. Mais il faut que ce soit de qualité, que ça corresponde à l’esthétique du festival.

On a été un peu surpris par Tale of Us surtout, qui est très électro !

Alban : Ce sont des artistes qui ont des influences et des mixes pas uniquement technos. Rien que leur premier album, c’est complètement à part. Ce sont des parcours vraiment intéressants, ce ne sont pas des artistes enfermés sur une seule scène. Le fait qu’ils acceptent de jouer chez nous montre aussi leur ouverture d’esprit : ils ne veulent pas jouer uniquement dans un format de soirée.

François : DJ Shadow aussi avait déjà joué deux fois, et avait été surpris la première fois car il n’était pas habitué à jouer dans des festivals de rock. Il avait l’image d’un festival pop dans le mauvais sens du terme, et le public lui a fait un accueil triomphal. La deuxième fois, il avait fait un discours de 5-6min avant son concert pour dire qu’il était super content de revenir et de l’accueil qu’on lui avait fait. Il avait fini par comprendre qu’on était une seule famille, et qu’on pouvait s’ouvrir intelligemment entre genres.

Est-ce que y a des groupes que vous aimeriez avoir plus tard ?

François : Arcade Fire, on a failli les avoir deux fois. Maintenant, ils sont devenus très chers, donc ça me paraît inconcevable. Après, il y a plein de fois où on s’est dit que ce n’était pas possible et qu’on a réussi, donc ne jamais dire jamais. Radiohead, aussi.

Alban : Le Breton est têtu. Il y a aussi des groupes qui ne font jamais de concerts et qu’on adorerait avoir, comme Boards of Canada, ça serait le rêve. Tu vois, encore de l’électronique !

François : Mais on aime l’électro ! On aime toutes les musiques qui correspondent à cette grande famille musicale indé, on nous a trop enfermés dans un schéma pop. Jusqu’en 1998, on avait un programmateur qui ne voulait pas d’électro ; depuis, on a internalisé la programmation.

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