[ITW] Pierre-Emmanuel Le Goff

Le lundi 26 juin 2017 dans Interview, Movies, News

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Rencontre avec Pierre-Emmanuel Le Goff, réalisateur, producteur et distributeur de films et documentaires. Egalement réalisateur du projet « Thomas Pesquet, l’étoffe d’un héros »

Bonjour Pierre-Emmanuel, si je te disais « Pierre-emmanuel Le Goff se présente en 60 secondes ? »
Je m’appelle Pierre-Emmanuel Le Goff, j’ai 38 ans et je suis réalisateur, producteur et distributeur de films. Je suis d’origine bretonne et je travaille dans le cinéma depuis une dizaine d’années. J’essaye de faire des films qui s’adressent au plus grand nombre, tout en posant des questions de fond sur les grandes problématiques qui traversent la vie d’un homme.

J’ai également fondé avec mes associés « La Vingt-Cinquième Heure » une société qui a pour objectif de faire un travail de prospective (d’où le nom), d’explorer de nouveaux territoires de narration audiovisuelle en particulier via les nouvelles technologies (la réalité virtuelle, les planétariums, les écrans géants…)

Produire, réaliser, distribuer… tu peux nous expliquer la différence ?
Alors,
Produire un film consiste à trouver les financements pour qu’un film puisse être tourné et postproduit
Le réalisateur – en France au sens cinématographique du terme – c’est souvent celui qui écrit le scénario puis coordonne toutes les parties artistiques (la mise en scène, le montage, la musique, les effets sonores…) d’un film, c’est un peu le chef d’orchestre.
Distribuer c’est un travail qui consiste à repérer un film, puis à le sortir en salle en construisant un discours marketing pour réussir à convaincre le public de se déplacer pour aller le voir.

Le cinéma c’était mieux avant ?
Je ne sais pas si c’était mieux avant, mais en tous cas les producteurs étaient moins nombreux et c’était de vrais joueurs de poker, au sens propre comme au figuré, il y a des histoires assez folles à ce sujet…
Aujourd’hui il y a plein de types de producteurs et chacun peut trouver sa place. C’est peut-être plus simple de produire des films mais ce n’est pas plus simple de les sortir en salles. Il y a beaucoup plus de films donc tirer son épingle du jeu est de plus en plus difficile.

Un film que tu aurais aimé réaliser / ton film préféré ?

  1. Apocalypse Now
  2. Le décalogue
  3. M le maudit, les questionnements dans ce film sont passionnants

La bande son d’un film qui t’a particulièrement touché ?
Celle du film Pi d’Aronofsky

Le plus grand acteur de tous les temps selon toi ?
Je n’ai jamais été « extasié » devant des acteurs, après… disons Marlon Brando

Tes meilleures adresses à Paris pour boire un verre ou sortir ?
C’est intime ça (rires), alors un lieu qui est sympa c’est la Recyclerie, il y a aussi le restaurant de « Commune image » où sont situés nos bureaux ou « chez Prune » mais c’est un classique.

Quelle est TA vision / définition de la Pop Culture ?
De par sa dimension planétaire c’est presque une forme de culture qui devient un outil de propagande (au service de bonnes choses) ce qui peut avoir des aspects très positifs quand ça permet de s’ouvrir à d’autres pays, je pense par exemple à la jeunesse en Russie qui n’écoute que de la musique en anglais qui véhicule un autre discours que celui du pouvoir en place. C’est une culture qui est à la fois mainstream et innovante.
Andy Warhol avait tout compris, il y avait une sorte de mise en abîme dans son discours : arriver à toucher le plus grand nombre en dénonçant justement le fait qu’il y a une culture pop à travers le marketing… c’est très fort.
De Andy Warhol à Besson en passant par Mozart, tout ça c’est de la pop culture, c’est pop Mozart. La bible est peut-être pop aussi finalement ? ou Le Petit Prince…

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Ton projet :

Tu m’as expliqué que tu réalisais plusieurs documentaires, mais aussi des expériences en VR… peux-tu nous expliquer exactement ce que tu es en train de réaliser ?
Il y a deux ans nous sommes rentrés en contact avec l’astronaute français Thomas Pesquet car nous avions déjà eu l’occasion de produire « Gravité Zéro« , un film traitant d’une mission dans la station spatiale internationale. On a présenté le film à Thomas en lui disant que nous aimerions faire pareil sur son aventure spatiale et le décliner sur plusieurs formats. Il a tout de suite été partant et super motivé. Nous l’avons donc accompagné dans différents centres d’entraînements (Johnson Space Center à Houston, Cité des étoiles à Moscou, Cologne…) pour le filmer. C’est durant cette période que nous avons réalisé « Thomas Pesquet, l’étoffe d’un héros »

Pour résumer :

Il y a deux documentaires au format TV (52 minutes) le premier raconte l’entraînement de Thomas Pesquet, le deuxième retrace sa mission dans la station spatiale

La réalité virtuelle : une immersion totale qui permet de se glisser dans la peau de Thomas Pesquet durant 2X10 minutes

Deux films au format planétarium: un sur l’entraînement et un autre sur la mission dans la station spatiale, les deux mettant la mission de Thomas en perspective de l’exploration spatiale

Un format écran géant abordant la dimension écologique, Thomas étant un témoin privilégié pour voir les modifications de la planète suite au réchauffement climatique ou l’impact de l’homme.

Il y aura aussi un long métrage cinéma, qui sera beaucoup plus intimiste, vraiment le voyage intérieur de Thomas. L’idée est d’essayer de comprendre comment cette expérience (l’isolement, la promiscuité avec les autres membres d’équipage, le choc émotionnel lors de ses sorties extravéhiculaires) va le transformer et lui faire aborder différemment  la suite de son existence.

Tu gères tout cela de front… quelle est ta technique ? dormir 3h par nuit, t’entourer des bonnes personnes ?
Il faut bien sûr d’abord une bonne équipe, on est une dizaine de personnes et tout le monde est très motivé. On a des journées un peu longues et des week-ends un peu courts. Je ne te cache pas que ce n’est pas simple, mais c’est vraiment passionnant.

Thomas Pesquet fait un peu penser à un homme d’exception. Il a une capacité d’apprentissage impressionnante, il est surdiplômé, il a des qualités presque sur-humaines… Quelle a été ton impression lorsque tu l’as rencontré pour la première fois ? Pourquoi avoir choisi de suivre Thomas ?
Le plus impressionnant chez Thomas, c’est qu’on ne ressent justement pas qu’il est impressionnant. Il fait preuve d’énormément d’humilité et de simplicité dans sa manière de se présenter. S’il est parmi les 6 astronautes européens sélectionnés c’est justement pour ça ! Je le revois dire « je suis juste un rouage dans cette gigantesque machine, c’est moi mais ça pourrait être quelqu’un d’autre » Mais non, justement, ça ne pourrait pas être quelqu’un d’autre, c’est lui parce qu’il est sincèrement persuadé de cela, que ça pourrait ne pas être lui.

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Tu as fait des documentaires sur Thomas parce que tu es passionné par l’espace, ou bien l’histoire et le personnage te plaisaient ?
Les deux, tout ce qui est scientifique m’intéresse, ça doit faire 20 ans que je suis abonné à des revues scientifiques, et l’aventure spatiale est passionnante. C’est une façon de sortir de son humanité et de se projeter dans autre chose, ça pose des questions philosophiques finalement : comment dépasser notre propre finitude terrestre, comment pourra survivre l’humanité dans des millénaires…

Cela veut dire qu’on peut s’attendre à d’autres films / reportages sur des sujets méconnus ?
Oui complètement.

« On voyait des lance-roquettes grotesquement cachés »

Tu pourrais nous raconter une anecdote marrante / improbable lors d’un tournage ?
Alors, ça se passe dans un village Serbe qui appartient à Emir Kusturica, ils l’appellent d’ailleurs « Küstendorf », le village de Kusturica. Toute la montagne lui appartient et le village est gardé par des hommes armés de kalashnikov, tu laisses ton passeport à l’entrée etc.
Lors du tournage du film « Alice au pays s’émerveille », qu’on avait intégralement financé par internet, on a eu des problèmes avec Emir Kusturica parce qu’il voulait être payé en dinar serbe, et la veille du départ l’argent n’était toujours pas arrivé sur son compte. J’ai eu un rendez-vous avec son bras droit, qui me dit qu’il a eu Emir au téléphone (Emir était au Mexique avec Johnny Depp pour un repérage sur un film sur Pancho Villa) et qu’il a donné comme consigne de me garder tant que l’argent n’était pas arrivé. Une sorte de prise d’otage quoi.
Finalement je négocie pour aller à Belgrade, je prends rendez-vous avec la directrice de la Société Générale et le directeur de la BNP, je vais également au consulat (qui se révèlera impuissant) enfin bref, finalement j’ai pu faire envoyer un fax depuis New York pour convaincre le bras droit de Kusturica de débloquer l’argent. J’ai été libéré au bout de 2 jours.
Et donc cette somme (20 000 euros) c’était pour payer quoi ?
C’était pour payer une partie de son matériel, les hommes de Kusturica, les acteurs, les figurants et puis tous les hôtels, la nourriture sur place. Et Emir, qui jouait aussi dans le film, un douanier chargé de ramasser des corps qui tombe du ciel…
Ce qui n’était pas non plus très rassurant, c’est quand on a réalisé que les armes qu’on a louées pour le film venaient clairement d’un trafiquant d’arme. On voyait des lance-roquettes grotesquement cachés… Enfin tu sens que la guerre n’était pas très loin quoi.

#InstantPromo : si les lecteurs ne devaient retenir qu’une seule phrase, date ou un rendez vous ?
L’information importante c’est que lorsqu’on dit que « vous allez pouvoir vous glisser dans la peau de Thomas Pesquet », ce n’est pas une métaphore, c’est réel, c’est un pari (un peu fou certes) qui va fonctionner et permettre à chacun de réaliser un rêve : être au-dessus de la planète à 400km d’altitude et vivre quelque chose d’extraordinaire, notamment « l’overview effet », cet effet sensoriel et presque spirituel ou philosophique que récente les astronautes.
Ce sentiment – du fait de pouvoir embrasser d’un seul regard le globe entier – permet d’une part de réaliser la fragilité de la terre, et de l’autre réaliser à quel point nous sommes une petite bulle de vie, perdue dans l’espace. C’est un sentiment de vertige assez extraordinaire. Donc rejoignez nous sur la page Facebook Thomas Pesquet -16 levers de soleil pour suivre l’avancée de nos films…

Et j’en profite pour ajouter que nous avons lancer une campagne de financement participatif pour boucler le budget du film à 360°. Vous pouvez soutenir le projet sur https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/dans-la-peau-de-thomas-pesquet/

(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

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Vingt-Cinquième Heure : ICI

Thomas Pesquet – 16 levers de soleil ICI

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