[ITW] Frederic Agostini

Le mercredi 19 avril 2017 dans Interview, Music, Opérations

fred

Rencontre avec le fondateur des soirées « Respect is Burning » mais également (ancien) DA du Wanderlust, et (actuel) DA de la clairière, et enfin agent d’artiste (LeMarquis)

Rencontre avec Frédéric Agostini, co-créateur des soirées « Respect is Burning » des années 90, mais aussi des raves Xanadu, ancien DA du Wanderlust et actuellement DA de la Clairière. Il trouve encore le temps d’être le manager de LeMarquis. L’homme est comme un chat, il a eu plusieurs vies en l’espace de deux décennies.

Salut Frederic, peux-tu te présenter ?

Fred Agostini, 45 ans je ne vais peut-être pas commencer depuis le début car cela risque d’être long, mais commencer par ce qui nous intéresse ; la musique, non ?

En fait je m’aperçois que cela risque d’être hyper long quand même (rires)

Bon.. on va dire que ma première rencontre avec la House music s’est faite à la fin des années 80, j’étais à peine majeur et je sortais déjà pas mal avec mon pote Rico au Palace et au Boy, Rico était bien pote avec Ludovic Navare, qui jouait régulièrement au BOY avec Dj Deep (Ludo, sortait déjà des maxis chez USA Import sous le nom de Sub Sytem, bien avant son projet Saint Germain…)

Début 90, j’ai commencé à sortir dans les raves et je pense que c’est à cette période là que je me suis dit que j’allais en faire mon métier, je devais avoir 21 ans… Ca peut paraitre bizarre pour les gens 20 ans plus tard, mais les raves s’étaient déjà énormément commercialisées, il y avait plein de racailles qui venaient dealer des extas en soirées, pas mal de gens s’étaient improvisés organisateurs, parce qu’ils louaient un entrepôt, un Sound System et bookaient un DJ. Il y a eu une certaine dérive dans les raves qui a fait que tout le milieu rave, comme Lunacy, Cosmo Factory ou Mozinor, Soma ont été un peu lassés et dégoutés. Ils sont sortis du milieu et ont été remplacés par d’autres organisateurs qui étaient très techno, très hardcore, il y a eu aussi l’arrivée des Spiral Tribe, les Free party au même moment qui a encore un peu plus radicalisé le truc, et à force je ne me suis plus retrouvé dans ces soirées. J’ai donc décidé d’organiser des soirées qui s’appelaient Xanadu, elles se déroulaient dans des lieux atypiques, des anciens relais de poste, des châteaux, ou même des grandes maisons de campagne, on essayait de trouver des endroits qui avaient du cachet et on organisait des soirées qui étaient des raves mais plus axées sur de la House Newyorkaise, ou de Chicago.

On a fait ça durant 3 ans, jusqu’en Juillet 96, et là c’est le drame (rires) on faisait une grosse soirée dans une château, Daft Punk jouait (entre autres) et là, gros débarquement de police, ils m’ont arrêté, garde à vue, perquisition, procès, tout ça… J’ai été finalement relaxé et je n’ai pas eu d’inscription dans mon casier judiciaire, mais j’étais un peu grillé pour les soirées illégales. J’ai donc décidé de commencer une nouvelle aventure en club, les soirées « Respect Is Burning » avec mes frères David Blot et Jerome Viger Kohler, au Queen en septembre 97, six mois plus tard – oui je n’ai pas tardé… (rires)

Jétais trop jeune pour être à vos soirées « Respect » c’était comment ?

Tu vas rire mais c’était un peu comme les soirées Bon Entendeur, il y avait de tous les styles (avec un gros crew de danseurs hip house) je me rappelle que les mecs débarquaient du RER, venaient avec leur bouteille d’eau, ne consommaient pas de la soirée, mais faisaient des cercles pour des battle de danse. Il y avait également un énorme éclectisme musical, hip hop, house, disco, funk, techno. Tout le monde venait pour danser. D’ailleurs c’était un peu LA soirée hétéro du Queen (qui était une boite totalement gay à l’époque) nos soirées ramenaient tellement de monde, que le temps d’une soirée, la boite perdait un peu cette étiquette de « boite gay »

3 albums ou artistes qui résument le mieux cette époque ?

Daft Punk / Homework

Motorbass / Pansoul

Masters At Work / Nuyorican soul

Un artiste qui sort du lot ces derniers mois ?

Il y en a tellement c’est vraiment dur, chaque semaine j’ai de nouveaux coups de cœur, j’en découvre plein, j’aurais du mal à ne t’en citer qu’un. Mais bon, je vais prêcher pour ma paroisse (rires) « LeMarquis » je pense qu’il sort du lot, il est en train de travailler sur son premier album là, il fait tout lui-même, produit, écris les paroles, chante, le projet est fantastique, j’ai hâte que cela sorte…

Qu’est ce qui est mieux – qu’est ce qui est moins bien avec le fait d’être Dj ou producteur notre époque ?

Ce qui est mieux : Avec l’arrivée d’internet, les moyens de promotion se sont tellement développés, c’est pour ça que selon moi c’est – presque – impossible pour un artiste / producteur doué aujourd’hui, de ne pas percer. A l’époque de nombreux DJs ou producteurs talentueux restaient dans l’ombre malgré leur talent. Aujourd’hui, il y a forcément quelqu’un qui va tomber sur ce que tu fais, et qui va le relayer.

Les mauvais moins : Avant il fallait du matériel pour produire et ça coûtait cher, c’était un vrai investissement de temps et d’argent pour les artistes, il fallait de gros moniteurs, des machines pour sampler, pour créer, des synthétiseurs etc

Aujourd’hui toutes ces machines sont réunies dans des plug in sur ton ordinateur, tout loge sur le bureau d’un Macbook. Donc paradoxalement, si c’est beaucoup plus facile de se faire repérer grâce à son talent, c’est également beaucoup plus dur de sortir du lot…

Un autre point aussi, aujourd’hui un artiste ne peut plus seulement être DJ, il doit être producteur, mais aussi graphiste, community manager etc, à l’époque ce n’était pas le cas, tu pouvais être connu seulement en tant que DJ, et ne jamais produire de son. Les bons producteurs n’étaient d’ailleurs pas forcément de bons DJs…

L’électro était moins répandu mais paradoxalement il y avait plus de vente de disques physiques. On parle d’une époque où le streaming et le mp3 étaient à leurs balbutiements…

Pour toi, la French Touch représente une époque musicale, ou le fait qu’un DJ arrive à sexporter ?

Alors je sais que chacun a un peu « sa » définition de la French Touch. Pour moi ça correspond plus à une époque musicale, qu’au fait de s’exporter. Maintenant French Touch c’est vraiment le « made in France » quoi, donc c’est le savoir-faire français, cette culture de la House, de la Disco, de la Pop, où on retrouve les Cassius, Daft, Dimitri from paris etc

Avec Daft Punk par exemple, on ressent vraiment ça dans leur 1er album, on voit qu’ils ont digéré la techno, la house, la disco pour exprimer leur propre vision.

Et tu sais, les gens se rappellent de la « bonne » French Touch mais pas de la mauvaise. C’est en partie pour cela que nous avons arrêté 4 ans après avoir commencé nos soirées « Respect ». La french touch était devenue la caricature d‘elle même, tous les producteurs tentaient de refaire cette fameuse formule (maintenant bien érodée) du sample disco filtrée, cela ne voulait plus rien dire, même des DJs de Chicago qu’on adorait, venaient à Respect et passaient Stardust… On a préféré arrêter quand on s’est rendu compte que le concept tournait un peu en rond.

Ton meilleur souvenir de soirée ?

On avait une résidence à New York au Twilo et Playboy nous avait contacté pour un sponsoring. Il souhaitait rajeunir leur lectorat qui, à l’époque, frôlait les 50 ans. On avait fait des partenariats avec eux sur nos soirées à NYC,  Playboy nous filait des fonds en échange de visibilité, bon c’était cool. Puis on a eu une idée : organiser une soirée dans le château de Hugh Marston Hefner, le Playboy Mansion. On leur émet l’idée et les mecs restent un peu perplexe, des soirées il y en avait tout le temps avec les annonceurs du magazine, mais  il fallait trouver quelque chose qui sorte du lot, de plus original, et là, on y va au culot et on leur propose de faire une compilation mixée par Dimitri from Paris « a night at the playboy mansion » afin d’organiser une release party à la mansion. L’idée passe, et on se retrouve à organiser une grosse soirée là-bas, tous nos potes débarquent, de Paris, NYC, Copenhague, c’était fou, Hef,  le propriétaire des lieux et boss de Playboy se baladait en peignoir entouré de ses twins, il y avait des playmates, on fumait des joints dans la piscine, on se baladait un verre à la main dans la fameuse « grotte » du château, c’était un peu un Disneyland pour adulte… On était en train de faire la teuf, dans la mansion qu’on voyait sur les magazines et les videos Playboy depuis notre jeune adolescence…. C’était peut être une sorte d ‘accomplissement pour moi, ha ha ha….

Tes meilleures adresses pour boire un verre ou sortir à Paris ?

La clairière  ( Opening le 28 Avril ) 1 carrefour de Longchamp 75116

– La Démesure, le restau de mon ami Filipe Alvez, allez-y pour manger, boire ou draguer, vous ne serez pas déçus… 43 Rue du Faubourg Montmartre, 75009 Paris

– Monsieur Bleu, autant pour la nourriture que pour sa terrasse avec vue sur la tour Eiffel, 20 Avenue de New York, 75116 Paris

Un festival quil ne faut pas louper ?

Le Bestival de l’île de Wight, c’est sur une ile en Angleterre, tout le monde est déguisé. Les mecs sont d’ailleurs souvent mentionnés dans le Guinness Book pour avoir organisé les plus grosses soirées déguisées du monde, c’est canon !

Sinon, de manière générale, j’aime moins les festivals maintenant, à 25 ans j’étais comme tous les jeunes, devant le son sur la piste, mais à 45 ans l’envie te passe tout de même, je m’y rends donc quand des amis y mixent, mais j’évite les énormes festivals. Je ne sais pas si c’est les meilleures conditions pour écouter un artiste que tu aimes, je préfère des festivals à taille humaine, je pense notamment à Calvi on the Rocks, j’y ai passé de très bons moments, au théâtre de verdure notamment, les pieds dans l’eau, avec vue sur la citadelle.

Futurs projets : En ce moment je suis à fond sur la Clairière, la saison s’annonce épique, je suis hyper content de la prog de cet été, on va passer de très bons moments dans les bois cet été… Mon activité de manager avec « LeMarquis » me prends aussi pas mal de temps, comme je disais, son premier album, est à 95% terminé mais on a encore beaucoup de travail… J’ai aussi un projet d’ouverture de lieu, mais je laisse encore planer le mystère, l’ouverture est prévue pour 2018, on aura le temps d’en reparler….

 

Ta définition de la Pop Culture ?

Le problème est ancien. Goethe, dans le prologue de son Faust, offre peut-être la première occurrence de la notion de culture de masse. Mais j’ai quand même un problème avec ce terme car il sous entend qu’il existe une culture élitiste et avant gardiste… Ne peut on pas tout simplement parler de culture ?

PDM

 

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