Il faut sauver le Studio Davout, rencontre avec Marc Prada †

Le mardi 21 mars 2017 dans Interview, Lifestyle, Opérations

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Après 52 ans de bons et loyaux services, les studios Davout  (lieu d’enregistrement des « Demoiselles de Rochefort », des Rolling Stones ou encore de Prince) fermeront définitivement leurs portes dans quelques semaines.

Cela fait des semaines, voire des mois, que cette fermeture nous attriste et nous révolte. Nous avons donc demandé un rendez-vous à l’actuel gérant des lieux, Marc Prada, afin de comprendre la fin de cette légende.

1 000 musiques de films et 10 000 chansons y ont été enregistrées en 52 ans.

Chiffonnerie construite en 1890, devenue un cinéma dans les années 30, les Studios Davout furent fondés en 1965 par Yves Chamberlan (Jazziste de formation) et Claude Ermelin. C’était alors le premier studio français indépendant, non affilié à une maison de disques (telles que les maisons Barclays ou Pathé), et également le premier à proposer des solutions d’enregistrement « à l’image », pour les musiques des films de l’époque. La première oeuvre à y être enregistrée fut « Les Demoiselles de Rochefort », référence s’il en est. C’est pourtant « Un homme et une femme » de Claude Lelouch qui propulsa le studio en 1966.

« La perspective de voir les lieux rasés est devenue une certitude, les propositions de relogement par la mairie sont déplorables, voire absentes » , nous confie Marc Prada.

Difficile aujourd’hui d’imaginer qu’au 73 Boulevard Davout, où se dressent les studios d’enregistrement, se sont produits les plus grands artistes et producteurs internationaux, tels que Ray Charles, Rolling Stones, AC/DC, Red Hot Chili Peppers, U2,  Madonna, Serge Gainsbourg ou Prince…

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Ils y ont enregistré.

Les artistes les plus légendaires y sont passé : Serge Gainsbourg, The Cure, The Rolling Stones, Nina Simone, Lou Reed, Alain Bashung, Barbara, U2, AC/DC, The Sparks, Ray Charles, Prince,Christophe, Eminem, Pharrell Williams, Lenny Kravitz, Ozzy Osbourne, Red Hot Chili Peppers, Pierre Boulez, Rihanna, Charles Trenet, Georges Delerue, Manu Chao, Jean Michel Jarre… et bien d’autres.

La fin.

Les années 2000 et la crise du disque mirent à dure épreuve les acteurs intermédiaires de la production discographique, et les studios du monde entier ont été parmi les premiers à en ressentir le choc. Peu survécurent en France où le phénomène prit une ampleur qui fut fatale à la plupart des studios professionnels, assorti à la concurrence nouvelle des home-studios, qui fut, elle aussi dévastatrice. Avec d’autres studios légendaires tels Ferber, La Grande-Armée, Guillaume Tell… Les Studios Davout figur(ai)ent parmi les ardents survivants de cette Histoire dont l’écriture continue chaque jour.

Après avoir tenté, en vain, de faire classer ce bâtiment Eiffel du XIX ème siècle, les locataires n’ont pu résister à l’expropriation, au nom de l’intérêt public. Dans quelques années, la municipalité y créera une école primaire, une crèche ainsi que des logements.

C’est donc Philippe Rombi, le compositeur des films de François Ozon qui clôturera le bal fin mars, accompagné de 50 musiciens, dans le légendaire « studio A », un espace de 360 m2 capable d’accueillir 100 musiciens surplombé d’un plafond culminant à 9 mètres de haut et d’une console d’enregistrement à 80 pistes d’une valeur d’un million d’euros.

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L’hommage.

Marc Prada souhaite rendre un dernier hommage à ce studio qui lui a tant donné au travers d’un film documentaire sur Davout. Voici quelques mois qu’il récupère de vieilles photos d’archives (il a même retrouvé une bande vieille de 43 ans d’Alice Cooper qui, après nettoyage, marchait encore parfaitement), recontacte des légendes vivantes pour obtenir leur témoignage et soutien, et filme le quotidien des musiciens et autres ingénieurs qui viennent encore exercer leur travail avec passion.

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