[ITW] Madeline Fontaine, créatrice de costumes

Le lundi 20 février 2017 dans Fashion

À la rencontre de Madeline Fontaine, présidente de l’Association française des costumiers du cinéma et de l’audiovisuel et détentrice de deux césars (pour Un long dimanche de fiançailles et Séraphine)

Alors que Natalie Portman qui incarne Jackie Kennedy est nominée dans la catégorie meilleure actrice, la costumière du film Madeline Fontaine, est en lice pour l’Oscar du meilleur costume. Sa main de maître a déjà réalisé les costumes du film « Yves Saint Laurent » et de la série « Versailles. » Pour « Jackie » qui se déroule dans les trois jours autour de l’assassinat de JFK, elle a recrée le costume rose de Dallas, la robe fourreau rouge Dior qu’elle portait à la Maison Blanche, et le look décontracté de Hyannis Port dans le Massachusetts.

En quoi consiste aujourd’hui le métier  de costumière, comment as-t-il évolué ?

Tant de sens différents donnés à ces métiers du costume. Un créateur de costume au cinéma est celui qui est responsable de l’apparence des comédiens dans leurs rôles, il est également responsable de l’ensemble du visuel des personnages de tous les plans. Il est évidemment aidé dans sa démarche par un ou plusieurs assistants et par un chef costumier (qui est parfois l’un des assistants) qui collecte les  éléments nécessaires à l’habillage des personnages de second et troisième plan, et projette les silhouettes en essayant ces éléments sur les comédiens et figurants qui donnent de la profondeur au contexte. La différence entre ces métiers et le stylisme échappe souvent .

Quel est votre rapport au tissu, au textile ? Avez-vous une texture fétiche ?

Je suis sensible à toutes les matières et textures, elle me parlent chacune à sa manière. Chacune a sa façon de vivre , de « tomber », ses usages privilégiés dans le domaine de la couture. Je ne suis pas fétichiste, et les textures ne dérogent pas , bien qu’elles m’inspirent plus ou moins, et résonnent dans certains cas et d’autres non.

Comment s’est passée la transition entre la publicité et le cinéma ?

Pour moi ça s’est passé plutôt dans le sens inverse, amenée à la publicité par des réalisateurs avec lesquels je travaillais pour le cinema. Puis avec d’autres ensuite que mon travail interessait.

Comment avez-vous abordé ce nouveau défi ? (jackie)

Expérience différente par cette relation si forte à la réalité, cet ancrage dans la mémoire collective. Mission délicate que d’être un interprète subtile et fidèle et de ne pas être brimée par le manque de fantaisie et d’invention. Autre règle du jeu…

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Comment s’est passé cette collaboration avec Natalie Portman ?

Le mieux possible. Nathalie est parfaitement professionnelle, et son investissement dans un rôle passe par le costume, elle est non seulement attentive, mais réellement présente. Un plaisir.

Quelles étaient les similitudes, les ressemblances entre le travail de Jackie et celui réalisé pour Lacoste ?

Références à l’époque, souci de la richesse et la diversité des informations pour le « background  » qui installe le contexte. Mais  dans le cas  de ce film publicitaire pour Lacoste moins dans le souci du détail historique, ou de l’expression d’un personnage. Plus dans l’immédiateté de la référence temporelle (et donc historique) et de la continuité dans le temps d’une image de marque qui traverse les décennies en s’adaptant, mais sans grand changement.

Lorsque l’on travaille sur un personnage réel, est-il possible d’être créatif ? comment se passe l’arbitrage entre la contrainte de réalisme et l’envie de créer ?

Notre travail est  en grande partie de l’interprétation, plus ou moins libre selon les cas. Pour moi, le geste créatif ne se cantonne pas à l’invention, il est là dès qu’il s’agit de sentir ce qui servira le mieux le projet, de reconnaitre un élément qui résonne et donnera du sens …
Un personnage réel implique de le connaitre assez pour ne pas le trahir . Un personnage fictif repose plus intensément sur la vision qu’on en a  et que l’on propose.

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Pouvez-vous nous parler du costume rose de Dallas et de la robe fourreau rouge ?

Ces deux vêtements sont des références archivées et ancrées dans la mémoire collective. Pas d’erreur acceptable. Une adaptation nécessaire d’une silhouette à l’autre, la recherche des couleurs exactes en fonction du choix de camera et de traitement de l’image, des matériaux adéquats. Et la magie de l’incarnation…

Des jeunes costumiers(ère), couturiers et/ou créateur à nous conseiller ? Que diriez-vous à ces jeunes afin de leur donner encore plus d’ambition ?

Question ouverte à laquelle je n’ai pour l’instant pas de réponse pour qui conseiller (mais je n’oublie pas). Je pense qu’il faut surtout de la confiance en soi, du désir et du travail, de la curiosité et de l’humilité, l’ambition peut aveugler.

Quel est votre définition de la pop culture ?

Culture reconnaissable par tous, source d’un héritage commun. La qualité des sources me semble essentielle pour que la culture populaire, ne soit ni standardisée ni simpliste …

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