ABCDR du rap français en 2015 – Part 1

Le vendredi 04 septembre 2015 dans Music

Chaque vendredi de Septembre, l’Arche Narrative nous dévoile son ABCDR du rap français en 2015, histoire de remettre les points sur les i. Aujourd’hui, la partie 1: les lettres A à D.

fenek

Note de l’Arche Narrative à l’attention du rap jeu

Avant toute chose, j’aimerais préciser quelque chose d’important : je ne suis pas la personne la plus calée du monde en rap français.
Je ne suis ni un journaliste branchouille de l’ABCDR du son, ni un mec frais des Zinrocks et encore moins un rappeur talentueux genre Morsay.

Alors je sais, cet aveu doit faire l’effet d’une véritable bombe vu mon passé ghetto et mouvementé dans la banlieue de Caluire – qui est un peu à Lyon ce que les favelas sont à Rio – mais bon moi je suis comme ça : je joue carte sur tables. Et je préfère confesser d’entrée mon absence totale de street cred avant que des haters ne commencent à établir des rapprochements douteux entre ma légitimité à pondre cet article et la taille de mon sexe.

knacki

La taille du sexe de l’auteur selon certains puristes du rap jeu :-(

Vous l’aurez compris, étant un simple amateur de passage et non un vieil érudit, la rédaction de cet article s’annonçait non seulement laborieuse mais surtout délicate…

Car quand on parle rap, les gens ne rigolent plus du tout : ayez le toupet de dire que certains titres d’IAM sont flingués ou que parfois Jul en soirée c’est sympa et vous vous exposez à la colère d’intégristes qui n’hésiteront pas à vous rouer de coups avec des chaussettes Decathlon remplies de vieilles cassettes d’ « Ombre et Lumière « . J’anticipe d’ailleurs un unliking massif de ma page Facebook dans la foulée de ce billet. Mais bon vu que vous êtes genre 400, ça limite la casse.

Alors pourquoi prendre de tels risques ? Pourquoi cet ABCDR ? Déjà parce que j’ai v’la les cojones. Mais peut-être aussi parce que depuis quelques années en France, le rap a la côte. Ou plutôt depuis quelques années en France, le rap emporte tout sur son passage. Et ce serait trop bête de faire comme si de rien n’était, t’sais.

Il n’y a qu’à regarder le boxon occasionné par la sortie de « Feu », l’album solo de Nekfeu qui cartonne en tête des ventes et squatte sans relâche les ondes radios depuis près de trois mois. Massivement relayée par une campagne médiatique colossale début juin, la sortie du disque prend des allures d’évènement national. Très vite, l’album écrase la concurrence, met Twitter à #Feu et à sang, et se hisse rapidement au sommet des charts. Dinguerie. En l’espace de trois étroites semaines, Feu est disque d’or, cumule tour à tour les louanges de la presse spécialisée, la bénédiction des grands pontes du rap et les éloges d’une critique bobo unanime. Bref, l’album fout la zone.

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Ce Nekfeu est tellement craquant que j’en ai raté mon métro plus d’une fois !

Simple phénomène de mode ? Buzz trop médiatisé destiné à sombrer dans l’oubli d’ici la fin de l’été ? Possible mais peu probable.

Car cette fièvre qui fédère tout le monde autour d’un album hip-hop illustre une tendance plus générale : aujourd’hui le rap ne divise plus, il rassemble.
De prestigieux quotidiens consacrent des chroniques fouillées et documentées sur les sorties du moment, des écrivains branchés comparent Kaaris à Mallarmé, les ados à la sortie du lycée s’habillent en Wati B, Booba remplit Bercy, on danse sur du Black M en boite de nuit. Contrairement au funeste destin qu’on lui a longtemps prédit, le rap n’est pas mort. Au contraire : le rap est hype. Mieux le rap est pop.

A tel point que son jargon fleuri a intégré le lexique quotidien de tout un chacun : il n’est plus rare aujourd’hui de voir des jeunes de beaux quartiers s’interpeller à base de « wesh morray » rue de Passy alors que perso, j’avais toujours pensé que ces gens chassaient des noirs à l’arbalète dans leur maison en Sologne le weekend. C’est vous dire s’il se passe quelque chose. Raison de plus d’être à la page.

Pourtant même avec toute la bonne volonté du monde, pas toujours facile de s’y retrouver : morray, zehef, beat, flow, lourd, bail, bâtard, zarma, khey, OKLM…de quoi y perdre son latin. Pas de panique les enfants, l’Arche est là avec un modeste ABCDR qui sera – je l’espère – une faible lueur pour y voir un peu plus clair dans ce monde de brutes.

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Wesh Morrayyyyy !! si si la famille !

 

A comme AUTOTUNE

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Dites encore une fois « vocodeur » et Booba vous met une golden.

Une pratique qui divise les puristes. Et pour cause !

Non content de filer un côté cheap et un peu vulgos aux morceaux sur lesquels il s’invite, on reproche souvent à l’autotune d’être le moyen idéal pour le MC faiblard de faire disparaître ses lacunes, son incapacité à chanter correctement derrière un micro truffé d’artifices.

L’autotune surtout crée un malaise : celui de voir l’une de ses anciennes idoles reprendre les codes border gays du R’N’B et chanter sa détresse amoureuse en délirant dans un vocodeur pour plaire à un public jeune. Après avoir habitué son audience à des textes écrits et un timbre de voix de patron, ça la fout mal. C’est comme voir un vieil oncle essayer de rester cool en parlant verlan. C’est comme voir les journalistes du Grand Journal recevoir Booba en disant « Yoyo », c’est gênant.

Il répondait au nom de Bella.

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Pourtant, utilisé avec modération, l’autotune peut faire son petit effet : il permet de ventiler le morceau, de lui donner un peu de hauteur et d’insuffler un souffle pop parfois salutaire sur un album de près de 20 titres. Assez logiquement, l’autotune s’est énormément démocratisé ces dernières années comme en témoigne son utilisation de plus en plus décomplexée par la nouvelle scène du rap français portée entre autre par Vald, PNL ou Aladin 135.

Démocratisé ou non, l’autotune ne fait JAMAIS l’unanimité : chacune de ses utilisations attire une nuée de haters généralement désabusés par la tournure actuelle du rap et des illuminés qui à l’inverse crient au génie. Les deux se livrent un combat interminable sur Youtube où les commentaires sur qui s’y connait le mieux et depuis combien de temps sont légion.

Voir aussi : A2H, Abd al Malil, Alkpote, Arsenik, Anton Serra, Akhenaton, Aladin 135, Areno Jazz, Ali, Aaaaaaaaiiiiiiight,

 

B comme BATARD

Ton père n’est pas ton père. Voilà ce que laisse entendre bâtard, véritable soufflet au museau de l’ennemi allègrement utilisé par les rappeurs de longues années durant.

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Tyler the Creator a très tôt découvert qu’il était un bâtard. C’est pas évident mais ça lui a inspiré des bons textes, on ne peut pas en dire toujours autant de Sneazzy West.

Dans le rap game, l’insulte se fait cependant de plus en plus rare, ayant poussé de nombreux artistes à une grave remise en question, heurtés par le sens profondément blessant du message. Vu la violence du propos, il est donc convenu de ne l’utiliser qu’en cas d’extrême nécessité : acculé et dos au mur, lors d’un clash enflammé si l’autre MC fait remarquer que vos chaussettes ne sont pas assorties, si l’un de vos kheys drague votre go, s’endort sur le pétard ou péta la dernière Merguez sans vous avoir consulté auparavant.

Dans ce cas, vous pouvez alors manifester votre mécontentement par un franc « vas-y tu fais quoi là batard ? » et l’autre de se confondre en excuses tout penaud, conscient d’être allé trop loin.

Voir aussi : Babylone, Benz, Bail, Bounty, Blacko, Blaze, Busta Flex, Bouillave, Battle, Beat, Bedave, Beatmaker, Beuh, Bicrave, Booba, Black M

 

C comme CLASH

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Pour la dernière fois, nous n’avons pas le clash Nekfeu/Lunik.

Pratique mythologique de l’univers hip-hop, le clash est une discipline ancestrale et impitoyable qui oppose dans l’arène deux rappeurs se livrant une joute verbale sans merci.

Durant le clash, chacun tâche d’exposer à grands renforts de métaphores, d’anecdotes et d’insultes imagées en quoi son adversaire est une grande vicos avec un petit sexe de surcroît. Le tout se déroule devant un public survolté et sur une instru bien lourde souvent entrecoupée d’un MC scandant des « Owwwwwww » « Word », et « Tu vas faire quoi ? » pour faire grimper la température et exciter la foule.

Le talent du clasheur repose dès lors sur sa capacité à improviser des rimes riches, des punchlines assassines, à rebondir sur ce qu’à dit l’adversaire, et à démonter l’argument de ce dernier en invoquant la taille de son sexe, soit le sien – gigantesque – soit celui de son concurrent – minuscule. Généralement son plaidoyer se conclut par une invitation cordiale à destination de l’adversaire à bien aller niquer sa mère. A l’inverse, on reconnaît le mauvais clasheur à sa tendance à bafouiller, à répéter inlassablement « OK…OK…OK » avant de se lancer et à son abus des verbes du 1er groupe.

Si le film 8 Mile et plus récemment en France les vidéos « Rap Contenders » ont largement contribué à rendre célèbre la culture du « clash » celle-ci a beaucoup évolué depuis. Aujourd’hui le clash ne se cantonne plus à des battles dans des salles obscures ou à des règlements de compte musclés sur un parking désert mais s’orchestre via des vidéos interposées sur Youtube : les clashs entre Booba, Rhoff, La Fouine et plus récemment Kaaris se chiffrant en millions de vues sur Internet ont établi le clash comme une variable essentielle du paysage culturel actuel.

Pendant ce temps, Tupac et Notorious Big se retournent dans leurs tombes, consternés par ces embrouilles à base de pouce rouge et d’unfollow sur twitter.

Voir aussi Carotte, Chouf, Choker, Caillasse, Crew, Cyanure, Canardo, Caballero, Conscient, Clem’Beatz

 

D comme DETER

doc gyneco

Bruno, malicieux, prépare un mauvais tour. Ou s’apprête à rouler un nouveau djoko on sait pas.

Se dit de quelqu’un dont les capacités motrices sont fortement altérées par une consommation excessive de drogue ou d’alcool, voire parfois des deux (!!).

Regard vide, bouche pâteuse, teint blafard et articulation poreuse sont autant d’éléments qui permettent d’identifier rapidement une personne déter. Mais une simple partie de bataille corse peut aussi faire l’affaire.
Généralement le mec en question, terrifié à l’idée d’être « grillé » se trahit tout seul en sombrant dans une paranoïa excessive qui le pousse à se murer dans le silence et à ne répondre aux questions que par monosyllabe, persuadé qu’un complot est en train d’être ourdi contre lui.

Voir aussi : Davodka, Dye, Dj, DJ Pone, Dee Nasty, Deen Burbigo, Don Choa, Diams, Disiz, Doc Gynéco.

lino-delaplace

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