Guillaume: DA du Studio Red Bull Paris

Le mercredi 10 septembre 2014 dans Interview, Music

Guillaume, tu t’occupes à la fois du studio et de la Galerie 12Mail (Galerie d’art) du Red Bull Studio, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Comme pas mal de gens de ma génération je suis un peu touche à tout. Disons que j’ai une forte attirance pour la musique et l’art en général : j’ai co-fondé le label Dirty (Tristesse Contemporaine, Discodeine, Perez), je sors des compilations avec Clovis Goux sous le nom de Dirty Sound System et je travaille sur l’identité sonore de lieux et de marques depuis le milieu des années 90. Je collabore en tant que freelance aux activités culture de Red Bull depuis 2009 au travers de deux plateformes de création dédiées aux artistes émergents : la galerie 12Mail / Red Bull Space et le Red Bull Studio Paris.

La galerie 12Mail va présenter prochainement sa 25ème exposition. On peut y voir de la photo, du dessin, de l’illustration, de la mode, des fanzines… N’ayant pas de vocation commerciale, cet espace peut se permettre de défricher des chemins peu empruntés, mettre en lumière des artistes peu ou pas encore assez connus du grand public. Quelques artistes qui ont exposé depuis 2009 : Susumu Mukai, Camille Vivier, Angelo Di Marco, Dupuy & Berberian, Études Studio, Hanania & Brunnquell…

Le studio fêtera ses un an d’existence en juin prochain, il s’agit d’un lieu d’enregistrement avec un ingé son à demeure. Encore une fois il s’agit de permettre à des musiciens ou labels talentueux de pouvoir travailler dans des conditions professionnelles. Brodinski, JC Satan, Matias Aguayo, Bertrand Burgalat, Superpoze et beaucoup d’autres y sont venus travailler depuis l’ouverture.

 

La Red Bull Music Academy existe depuis 1998 et plus globalement Red bull développe des projets d’ampleur mondiale dans la musique depuis plus de 10 ans (la Red Bull Academy, le studio, les partenariats avec de nombreux festivals), pourquoi avoir adopté cette démarche ? Peux tu nous raconter les prémices de cette histoire ?

La Red Bull Music Academy est constituée de gens qui ont tous vécu l’explosion de la musique électronique dans les années 90 de l’intérieur en tant que journalistes, musiciens, dj’s ou simplement en tant qu’organisateurs de soirées. Ce qui fait la différence, c’est qu’ils ont porté des enceintes, monté des infolines, booké des dj’s pendant des années. Ce ne sont pas des chefs de projet marketing mais des acteurs de la scène qui bénéficient d’une sorte de respect et de crédibilité. Il suffit de jeter un coup d’oeil aux line ups de la RBMA ou de leurs soirées pour le comprendre. On ne peut pas s’investir à ce point dans la musique sans que ce soit un truc que l’on porte depuis des années. Pour moi la force de Red Bull est d’avoir compris qu’il fallait avoir confiance dans ce type de profil pour s’investir sérieusement dans la culture et qu’au final, le contenu prime toujours sur la communication.

 

Comment concevez vous la place d’une marque, et à fortiori Red Bull, dans la musique, et plus largement dans la culture? Dans quelle mesure aujourd’hui les marques doivent elles devenir productrices de culture ? Voire devenir elles mêmes des labels ?

La culture et à fortiori la musique étant des vecteurs d’émotion énormes, il est naturel qu’une marque globale telle que Red Bull s’investisse dans ces domaines. C’est un choix stratégique que beaucoup de marques font, mais d’une façon que je trouve un peu maladroite, en s’investissant dans des “coups” sporadiques dictés par des agences pour qui la musique s’apparente plus à des playlists itunes thématiques qu’à une véritable culture. Sérieusement, qui a encore envie de voir une énième collab entre un groupe à la mode et une marque de fringues ? Ce type « d’opé » (terme horrible) n’est bon pour personne. Pour moi les marques ne doivent pas être productrices de culture, elles doivent en favoriser la production de la manière la plus intelligente possible, en initiant un transfert d’image sans cannibaliser les artistes.

 

Quel est votre rapport aux artistes aujourd’hui ? A t il évolué depuis vos premières démarches ?

Quand je travaille avec un artiste sur un projet lié à la galerie ou au studio, la base c’est qu’il contrôle et valide tout, qu’on produit tout ensemble, que la marque n’impose rien et qu’il reste propriétaire de ce qu’il produit. A partir du moment où les choses se font en bonne intelligence et dans le dialogue, rien n’est vraiment problématique.

De toute façon les artistes et les labels ne sont pas naïfs, ils savent très bien les potentialités et les limites de la relation qui les lient aux marques… Si le combo marques / artistes peut faire peur à des artistes plus âgés, la génération qui arrive aux manettes à Londres, Berlin, New York et Paris est bien plus détendue avec ça…  J’ai aussi souvent remarqué que, les artistes ou les médias qui ont un souci avec les marques sont les mêmes qui n’ont aucun scrupule à vivre perfusés par les subventions et les aides de l’état. C’est une contradiction très française.

 

Le studio ouvert à Paris en Septembre est le 11ème ouvert par la marque dans le monde. Comment arbitrez-vous entre les différentes villes ? Pensez-vous en ouvrir de nouveaux? Chaque pays a t il une approche différente vis à vis des artistes ?

C’est la Red Bull Music Academy qui décide de l’ouverture ou non des studios sur proposition des pays concernés. Évidemment la vitalité de la scène musicale nationale et locale y est pour beaucoup. L’approche est globale et locale : le but premier d’un studio est de servir la scène locale, d’aider les labels, artistes, collectifs etc… Mais aussi de favoriser des échanges d’artistes entre les différents studios dans le monde. Brodinski est par exemple allé travailler sur une partie de son album au Red Bull Studio de LA et nous allons recevoir prochainement Jessie Ware qui a enregistré l’intégralité de son premier album au studio de Londres.

 

La prochaine RBMA est à Tokyo, des scoops sur les intervenants ?

Non ! je n’en sais pas plus que vous, les milliers de dossiers reçus sont en train d’être étudiés minutieusement.

 

A quand une RBMA à paris ? On invite qui ?

Ce n’est pas prévu pour l’instant (la prochaine édition se tiendra au Japon en mai). La programmation d’une RBMA est toujours un savant mélange d’acteurs des scènes ultra pointues, de surprises et de figures historiques… Outre les valeurs sûres comme Clekcleckboom, Sound Pellegrino et Ed Banger j’adorerai y voir jouer des gens comme Cerrone, Ghedalia Tazartes, Laurent Garnier, Sister Iodine, Jacob Desvarieux, Dactylo…  Et un million d’autres.

 

Pouvez vous nous faire une sélection de 5 titres qui représentent l’esprit Red Bull ?

Impossible mais voici quelques productions enregistrées au studio :

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