Interview We Are From L.A

Le jeudi 05 décembre 2013 dans Interview, Music

Véritables touche-à-tout, c’est grâce à la réalisation d’un clip en gif animé de Kanye West qu’ils révèlent leur talent au grand public. Aujourd’hui plébiscités par les plus grands, on les retrouve aussi bien aux commandes de films publicitaires que pour des clips. Le dernier bijou d’inventivité digital pour Pharrell Williams (24hoursofhappy.com), c’est eux ; la publicité la plus visionnée dans le monde cette année (Evian Baby & Me), c’était eux aussi… Rencontre avec deux enfants de la génération Internet.

We Are From L.A commence à se faire remarquer sur la toile à partir de 2010. Qu’est ce que vous faisiez avant, vous vous connaissiez déjà ?
On s’est rencontrés à l’école Olivier de Serres il y a 8 ans. Il y a 6 ans, on a commencé à travailler en agence de pub, on y est restés 3 ans. Ça se passait bien (on a même été élus « jeunes créatifs de l’année » en 2010 ), mais on a eu envie de faire d’autres trucs, on s’ennuyait un peu en agence. Du coup, on a commencé à faire des clips le soir et le week end, mais après quelques mois on s’est vite rendus compte qu’il était difficile de cumuler réalisation et travail en agence en même temps. C’est à ce moment qu’on a rencontré notre producteur Mourad Belkeddar (le boss d’Iconoclast, ndlr). Deux semaines après, on a quitté l’agence de pub pour laquelle on bossait pour le suivre dans cette aventure.

C’est toujours un peu compliqué de travailler à deux. Comment vous procédez, est-ce que vous rencontrez souvent des points de divergence ?
On est extrêmement fusionnels et on arrive toujours à être raccord après deux minutes de discussion.
On partage tout, nos idées, nos stress, nos kiffs et il y en a toujours un pour pousser le truc plus loin.
C’est la manière parfaite pour ne jamais se contenter de quoi que ce soit.

Quand on se focalise sur les talents de l’hexagone, on se rend compte qu’il y a beaucoup de réalisateurs de clips et d’artistes français innovants qui se démarquent (Woodkid, We Are From L.A., Romain Gavras, Jonas & François, Fleur & Manu…). Comment est ce que vous expliquez cette émulation ? Est ce que vous vous fréquentez, vous échangez vos idées ?
Je ne sais pas pourquoi la France est aussi créatrice de jeunes réalisateurs, mais en tout cas, c’est extrêmement agréable de sentir qu’il y a une émulation, c’est hyper challengeant.

Pour prendre l’exemple d’Iconoclast (la production avec laquelle les We Are From L.A travaillent, ndlr), tous les réalisateurs autour de nous sont des tueurs, à chaque fois qu’on part sur une nouvelle prod’, on ressent la pression qui nous pousse à ne pas nous rater. Il faut toujours prouver qu’on à notre place dans l’équipe, c’est un défi perpétuel.

Parlons un peu du clip « 24 hours Of Happy »…

Ce concept digital révolutionne la vision que l’on avait des clips. Comment vous avez eu  l’idée du film de 24 heures ?
On avait envie de faire un clip éternel, un clip que tu pourrais lancer sur un player et qui ne s’arrêterait jamais (le clip ne s’arrête jamais étant donné que les 24 heures forment une boucle d’une journée complète). Après, de manière concrète, je pense qu’on a dû avoir l’idée en buvant des verres chez Mauri7.

Comment on se prépare à tourner un film aussi long ? Le tournage a duré combien de temps ?
On a tourné 10 jours mais avec la préparation on a dû rester un peu plus d’un mois à L.A sur ce projet. Ça a été un projet extrêmement exigeant pour la production, on a dû mettre en place un process quasi militaire.

On a fait énormément de réunions sur le process pour que l’on puisse réussir à tourner les 24 heures dans le timing que l’on avait. On a marché grosso modo 8 miles par jour, en tout, ça doit faire un truc comme 110 km avec une équipe de tournage.

Comment avez-vous réussi à convaincre Pharrell Williams ? 
C’est grâce à Yoann Lemoine (Woodkid, ndlr). On lui avait parlé de cette idée il y a assez longtemps et il avait kiffé le truc. Cet été, il nous a appelé pour nous dire qu’il s’occupait de l’image de Pharrell et qu’il était intéressé par cette idée. Deux jours après, on a envoyé un traitement que Pharrell a kiffé.

Est-ce dur de travailler avec lui ?
Pharrell est un artiste extrêmement professionnel et hyper respectueux de tout le monde. Je crois qu’on n’avait même pas imaginé qu’il puisse nous mettre autant en confiance. Ça a été un plaisir de faire ce projet avec lui, et d’ailleurs, ça nous dirait bien de refaire quelque chose avec Pharrell dans le futur.

Avec ce genre de concept, on rentre dans une nouvelle ère qui mélange musique et digital. C’est ça le futur du clip ? Comment vous voyez les choses évoluer ?
Le clip interactif permet de créer d’autres manières de raconter des histoires et c’est certain que d’autres réalisateurs vont vouloir tester ça. Je pense qu’il va y en avoir beaucoup plus dans les prochaines années parce que c’est une sorte d’eldorado où tout est à penser. Forcément ça va attirer du monde.

Pour autant, je ne pense vraiment pas que le clip classique de 4 minutes va mourir… Il faut juste se dire qu’on a de plus en plus de formats possibles, l’exemple de GTA montre aussi que la musique évolue vers d’autres supports de diffusion. Le fait d’avoir des radios diffusant d’hyper bonnes playlists dans des voitures virtuelles; ça aussi c’est une forme de clip interactif. Personnellement, je trouve que ça défonce vraiment de conduire une décapotable dans Los Santos en écoutant Tyler (Tyler The Creator de Odd Future, ndlr). D’ailleurs ça fait de GTA 5 le meilleur clip interactif de l’histoire.

Est ce que vous avez tourné les 24 heures d’images pour le clip avec le morceau Happy en fond sonore ? Comment fait on pour ne pas devenir fou à la fin ? 
Le mac présent sur le shooting indiquait 1500 lectures du morceau à la fin du tournage. Je cois que si on était devenus fous sur ce tournage ça n’aurait pas été à cause de la musique; il y avait d’autres préoccupations beaucoup plus stressantes.

Et puis le morceau « Happy » a vraiment la particularité de pouvoir s’écouter plein de fois sans taper sur les nerfs. Ça aurait été beaucoup plus compliqué avec un morceau bad vibe.

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Pharrell Williams & We Are From L.A sur le tournage du clip Happy.

Est ce qu’on vous a déjà refusé un projet ? Ou avez vous des souvenirs d’idées qui ont échoué en cours de réalisation ? 
On a déjà proposé des traitements qui n’ont pas été sélectionnés par les labels. C’est le jeu surtout quand on propose un clip interactif. La plupart des labels ont encore du mal à faire le pas, à prendre le risque de faire quelque chose qu’ils ne connaissent pas.

Vous faites des clips (Kanye West, Pharell, Yelle etc..) mais ça vous arrive aussi de réaliser des films publicitaires, je pense par exemple à la campagne « Baby & Me » pour Evian. Est ce que l’on travaille de la même manière pour un client d’un grand groupe et pour un artiste ? Quel exercice préférez-vous ?
C’est certain que l’on passe moins de temps en réunion pour un clip que pour une pub. On a plus de liberté et on développe notre propre concept, ce qui n’est pas toujours le cas en pub. Après, nous on vient de la pub donc on ne la diabolise pas comme d’autres réalisateurs. Et puis ce qui est intéressant dans la pub, c’est aussi de réussir à jongler entre les différentes contraintes et les objectifs pour réussir à viser le plus juste possible.

Vous représentez sûrement le mieux la génération Internet. Pour finir, on va faire un petit Quizz « culture internet ».

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